EXCLU - Hawa Cissoko : « Je ne veux pas être un exemple »

Zapping Onze Mondial CAN 2021 : Les forces et faiblesses du Mali vu par Cédric Kanté pour Onze Mondial

Voici quelques extraits de notre interview d'Hawa Cissoko. L'intégralité de cet interview de 6 pages est à retrouver dans le magazine n°342 de Onze Mondial disponible en kiosque et sur notre eshop depuis le 2 juillet.

Numéro 342 : 10 talents que la planète nous envie !

Enfance

Hawa CissokoCredit Photo - Julien Moreau

Comment s’est déroulée ton enfance ?

J’ai connu l’enfance classique d’une fille française née de parents africains. Mes parents sont Maliens, j’ai donc grandi avec une double culture : celle qu’on m’a inculquée à l’école et celle de ma famille. Ça a été un bien pour ma personne et mon évolution, j’ai pu voir différentes choses. Mon comportement à la maison et mon comportement dehors n’était pas forcément identique. Ce n’était pas les mêmes règles. Mais ça ne m’a pas perturbé. J’allais à l’école comme tout le monde, et en parallèle, j’avais des cours de religion. Je me suis ensuite mise au foot, mais les séances se déroulaient en même temps que mes cours d’arabe. Du coup, j’ai privilégié le foot. Ce choix n’avait pas plu à ma maman. Déjà, pour elle, une femme, ça ne joue pas au foot. En plus de ça, le foot m’obligeait à stopper les cours d’arabe. Au final, elle m’a quand même laissé. J’ai donc commencé avec les garçons au FC Solitaires pendant deux ans. J’ai ensuite évolué au PSG durant cinq ans, à l’OM un an, puis Soyaux durant deux ans et maintenant à West Ham.

Vous étiez combien de frères et soeurs ?

Beaucoup de frères et soeurs. Déjà, mon père a deux femmes. Je ne vais pas t’énumérer tout le monde. Par contre, je suis très proche d’un de mes frères. On n’a pas la même mère, mais c’est mon double, il m’accompagne dans tout ce que je fais. C’est grâce à lui si j’en suis là. Quand plus personne ne voulait que je fasse du foot, quand plus personne ne croyait en moi, lui était là pour me soutenir et me pousser. Mes parents avaient des métiers vraiment pas faciles. Déjà, ils sont arrivés du Mali, ils ne parlaient pas français, ils sont illettrés. Ils ont fait comme tous ceux qui viennent du bled. Ma mère faisait des ménages et mon père était maçon. Franchement, mon père a assuré, ce n’était pas facile tous les jours. Mais ça va, j’ai toujours mangé même si je n’ai pas vécu une enfance « top niveau ». Je ne me plaindrai jamais car j’ai kiffé. Quand je raconte mon enfance et par où je suis passée, les gens sont choqués. Ils me disent : « Tu devais être triste ». Or, je n’ai jamais été triste, peut-être parce qu’avec ma famille, on était très soudés, on s’aimait trop. On était 12 enfants à la maison, on rigolait souvent même si on n’avait pas la même mère. Pour nous, il n’y avait pas de différence. On ne s’appelait pas « demi frère » ou « demi soeur ». On est des frères et soeurs, tout court. Je me levais le matin et j’allais à l’école, normal. Je ne voyais pas qu’à la maison, c’était galère. Je n’ai pas le souvenir d’avoir eu faim. Mais je me souviens que parfois, je demandais juste 20 centimes à ma mère pour acheter une petite glace dans le quartier et c’était chaud. On a connu des moments compliqués. Par exemple, on a failli se retrouver à la rue parce que mon père n’arrivait plus à assumer les factures tellement il s’était endetté. Il a dû enchaîner trois boulots pour sortir la tête de l’eau, il a vraiment été courageux. Il a travaillé jusqu’à 65 ans. Et aujourd’hui, on est tous grands, il ne reste que trois mineurs. Mon père a assuré pour nous.

Quel type de fille étais-tu ?

À la maison, j’étais sage. Mais ça, c’était du fake. Mes parents me voyaient comme la fille modèle qui allait finir avocate. Alors que pas du tout, dehors, c’était vraiment n’importe quoi. En plus, j’étais violente, je frappais tout le monde, je me faisais tout le temps exclure du collège. Quand j’y repense, je me dis qu’inconsciemment, ça se passait tellement mal à la maison, je me lâchais une fois dehors. C’est peut-être mon subconscient qui provoquait ça. Sur le moment, je ne pensais pas avoir une mauvaise enfance. C’est aujourd’hui avec du recul que je te dis ça. Quand je rentrais, je faisais mes devoirs, je ne disais pas un mot. Par contre, dehors, j’étais une autre personne. Et ça, mes parents ne le savaient pas. Quand je me faisais exclure de l’école et qu’ils étaient convoqués, ils étaient persuadés que je n’étais pas coupable. Pour eux, le problème ne pouvait pas venir de moi parce qu’ils pensaient que j’étais un enfant modèle. Mais en réalité, je faisais n’importe quoi (rires).

Tu as été jusqu’où à l’école ?

J’ai quand même obtenu mon bac comptabilité parce que je voulais devenir expert comptable. J’aimais l’idée de me dire : « Je vais travailler dans un bureau et m’habiller en costard tous les jours ». En réalité, dès ma première année au lycée, je n’aimais pas ce que je faisais. Mais je suis allée jusqu’au bout parce que mes grands frères et soeurs n’avaient pas eu le bac. Et je ne voulais pas perpétuer ce truc-là. Je savais que je pouvais être la première de la maison à obtenir le bac, du coup, je ne voulais pas lâcher l’affaire. Je savais que ça allait rendre fiers mes parents, même si ça ne ma plaisait pas. Quand j’ai signé pro, j’ai ensuite arrêté l’école. Mais au bout d’un moment, j’en avais marre de ne rien faire. Et avec mon conseiller, Karim, on a décidé de mettre un projet en place. Quand je suis arrivé à Marseille, j’ai fait un BPJEPS spécialité foot. Et là, franchement j’ai kiffé.Je voulais même continuer pour passer au niveau supérieur et ouvrir ma propre structure. Mais comme j’ai déménagé à Angoulême, je n’ai pas pu car il n’y avait pas d’école pour ça.

Qui est-ce qui t’a poussé à faire du foot ?

Au départ, je voulais être athlète. À l’école, on me disait tout le temps : « Tu cours trop vite ». Du coup, j’ai voulu faire de l’athlétisme, j’ai commencé au collège en faisant AS athlétisme. Sauf que mes potes me poussaient à faire du foot parce qu’au quartier, je jouais tout le temps au foot. Je ne voulais pas faire de foot en club, mais dans la rue, je kiffais ça. Et tout le temps, on me disait : « Tu as un truc pour le foot ». Mon frère me voyait jouer au foot, mais il ne calculait pas. Il ne m’interdisait pas de jouer, mais pour lui, les filles ne jouaient pas au foot. Et je me souviens, un jour, j’étais en cinquième, un pote à moi m’a dit : « Viens à l’entraînement avec moi à Solitaires ». J’ai été, j’ai kiffé et j’ai continué. Et quand la directrice du collège a appris que je faisais du foot en club, elle m’a convoqué pour me dire : « il faut que tu arrêtes le foot, tu ne feras rien dans ce sport, il faut que tu restes dans l’athlétisme ». Moi, comme je suis une tête dure, je n’ai rien écouté. Ses paroles m’ont énervée, mon ego en a pris un coup et j’ai dit : « Ah ouais d’accord, c’est comme ça ? Bah j’arrête l’athlétisme et je mets tout dans le foot ». J’ai pris un risque parce qu’elle avait raison, j’aurais pu ne rien faire dans le foot. À l’époque, le foot féminin n’était pas aussi développé, j’aurais pu me casser les dents. J’ai pris le pari et je l’ai réussi. Quand j’ai débuté avec les gars, mon frère ne me calculait pas. Il s’est réveillé quand j’ai commencé à réaliser les détections pour le PSG. Il a dit : « Ah ouais, elle kiffe vraiment le foot ». Du coup, il m’a accompagné pour les tests. C’est la première fois que je le voyais fier et content. Maintenant, il est hyper heureux pour moi. Par exemple, ce matin, quand il a su que j’allais dans les bureaux de Onze Mondial pour une interview, il était grave content. Il ne rate rien de ce que je fais. Il est à fond derrière moi.

Parcours

Hawa CissokoCredit Photo - Icon Sport

Comment as-tu fait pour enchaîner avec l’OM après le PSG ?

(Rires). En vrai, je n’avais pas envie d’aller à Marseille, je voulais signer à Bordeaux. Sauf qu’à l’époque, j’avais un conseiller qui s’en foutait un peu de ce que je pouvais penser et ressentir. Financièrement, l’OM me proposait quelque chose de beaucoup mieux. Et mon agent de l’époque me mettait un peu la pression pour que je signe à l’OM. En plus de ça, j’avais un peu peur. C’est bizarre parce que j’avais du caractère. Mais quand il était en face de moi, il était charismatique, et finalement, il a trouvé les mots pour me faire douter par rapport à Bordeaux alors que j’avais envie d’y aller, j’avais les larmes aux yeux. J’ai cédé et signé à Marseille. Je n’ai pas envie de le dire, mais niveau football, cette expérience a été un échec. Ça se serait peut-être passé différemment à Bordeaux. On ne sait pas. À l’OM, j’ai quand même connu de bons moments. J’ai été appelée pour la première fois en équipe de France A. Si j’étais restée au PSG, je n’aurais peut-être pas été convoquée. Je retiens quand même du positif. Heureusement, depuis, j’ai changé de conseiller et le procédé est totalement différent.

Pourquoi ça n’a pas marché au PSG ?

Tout se passait très bien jusqu’au départ de Farid Benstiti. Ce coach m’appréciait beaucoup, d’ailleurs, c’est lui qui m’a fait signer pro. Il avait confiance en moi. Patrice Lair est ensuite arrivé. Il croyait moins en moi. J’ai essayé de gagner ma place, mais il n’y avait rien à faire, je ne jouais pas. Je pouvais rester au club, car il m’aimait bien en tant que personne. Il n’était juste pas fan de mon jeu, mais il me proposait quand même de rester. Moi, j’étais jeune, j’avais envie de jouer, j’ai demandé à partir. Si j’étais restée, l’histoire aurait pu être différente.

Tu évolues aujourd’hui à West Ham. N’as-tu pas eu peur de rallier l’Angleterre ?

La seule chose qui me faisait peur, c’était la barrière de la langue parce que j’étais naze en anglais. Comme j’aime trop parler, rigoler et aller vers les autres, je me disais : « Comment je vais faire si je ne gère pas la langue ? ». Et lors d’une discussion avec mon conseiller, j’ai pris confiance. Je ne suis pas quelqu’un de pessimiste, je ne doute pas de moi, mais parfois, j’ai des moments de doute. Imaginons que je sois de l’argent. À mes yeux, je suis 50 euros. Et pour mon agent, je suis 100 euros. Bah lui va tout faire pour me démontrer que je suis 100 euros. Il va vraiment me montrer ce que je vaux. Moi, j’avais des doutes, je me demandais si j’avais le niveau, si j’allais m’en sortir ou m’adapter. Et lui m’a aidé dans mon choix. Et contrairement à Marseille, je n’y suis pas allée avec réticence, j’étais contente de signer à West Ham. Et dès ma première semaine, tout s’est bien passé, j’ai été bien accueillie par tout le monde. Les filles sont venues vers moi pour apprendre à me connaître, c’était cool. Il n’y avait pas de tabou, ni d’a priori. Là-bas, ils te laissent vivre, faire ce que tu veux avec tes croyances ou tes coutumes.

Et comment ça s’est passé niveau football ?

En Angleterre, ils ne font pas semblant, ce sont de vrais bosseurs. En France, j’esquivais la muscu car je n’aime vraiment pas ça. Là-bas, j’ai compris que c’était très important car les joueuses sont toutes puissantes. Certains vont être tops, non pas grâce à leur technique mais plutôt grâce à leur condition physique. C’est là que je me suis dit : « Il faut que je passe un cap ». Maintenant, je suis motivée, je ne rate plus une seule séance de muscu. Je vois à quel point j’en ai besoin. Niveau foot, que ce soit techniquement ou tactiquement, il n’y a pas de grandes différences par rapport à la France. C’est juste que les filles sont des machines niveau physique.

Comment tes parents ont accueilli ce choix ?

Mon père s’en foutait parce qu’il connaît sa fille, il sait qu’elle a du caractère et de l’ambition. Il savait qu’il ne pouvait pas m’empêcher de partir. Par contre, ma mère m’a dit : « Je ne veux pas que tu partes, tu n’es pas mariée ». Et là, je me suis dit : « Oh, c’est chaud, je ne vais pas pouvoir y aller ». Et mon père a assisté à cette discussion. Tu sais, mon père, c’est un vrai papa africain, je n’ai jamais eu de véritable discussion avec lui. Et ce jour-là, il m’a aidé, ça m’a choqué. Il a pris la parole et dit : « Justement, si elle était mariée, elle n’aurait pas pu partir ». Dans ma tête, je me disais : « Qu’est ce qu’il raconte là ? », mais c’était tant mieux (rires). Je lui faisais des signes pour qu’il continue. Au final, ma mère ne pouvait plus rien dire. Elle m’a juste demandé de ne pas faire n’importe quoi. Je lui ai répondu : « Ouais, de toute façon, tu me connais ». Alors qu’en réalité, elle ne sait pas comment je suis dehors. J’ai donc pu partir. Et comme j’avais déjà quitté la maison pour signer à Marseille, ce n’était pas la première fois. Par contre, si ça avait été la première fois, en plus de ça, il y avait le Covid19, ça aurait été très compliqué.

Personnalité

Hawa CissokoCredit Photo - Julien Moreau

Qui est Hawa Cissoko dans la vie de tous les jours ?

Je suis un fille simple. J’aime trop rigoler, je ne me prends pas la tête, je suis ouverte d’esprit, je parle de tout et de rien. Je n’aime pas juger les gens. Donc quand les gens me jugent, ça me met hors de moi. On ne dirait pas comme ça, mais je suis aussi timide. C’est facile de me mettre mal à l’aise. Je ne suis pas du tout introvertie. Mais quand on me fait des éloges, je suis vite mal à l’aise, je ne sais pas quoi répondre et je baisse la tête. J’essaie d’être humble. Parfois, ça m’arrive d’être dans la rue, de prendre du temps pour rester avec des personnes dans le besoin juste pour me rappeler que j’aurais pu être à leur place. Ça me permet de garder les pieds sur terre. Petite anecdote, hier, je rentrais chez moi, il était tard, quand je suis sorti du parking, un mendiant est venu me parler. Et je lui ai dit que je n’avais rien sur moi. Et là, il me dit : « Si tu n’habites pas loin, je te raccompagne jusqu’à chez toi, tu montes et tu me donnes des pièces ». Je lui ai répondu : « Vas-y ok ». Ça m’arrangeait, il faisait nuit, on ne sait pas sur qui on peut tomber dans la rue. On a fait toute la route, on a discuté. Il m’a raconté sa vie, on a même échangé nos prénoms. C’était cool, on a passé 10 minutes ensemble. Je suis montée chez moi, j’ai mis ma main dans la poche de ma veste, j’ai pris tout ce que j’avais sans regarder et je lui ai tout donné. Je ne sais même pas combien je lui ai donné. Ce genre de chose me permet de rester simple.

En janvier 2021, tu as décidé de porter le voile. Comme s’est opéré ce choix ?

Entre novembre 2020 et janvier 2021, je n’étais vraiment pas bien niveau foot. Je revenais de blessure, j’étais bien physiquement, mais le coach ne me faisait pas jouer. Je ne pouvais pas rentrer en France à cause du corona, j’étais seule et pas bien. Je passais mon temps à réfléchir en me disant : « Pourquoi je suis dans cette situation ? », « Pourquoi je ne joue pas ? », « Pourquoi je ne suis pas heureuse ? », « Pourquoi cette expérience en Angleterre est un échec ? », « Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? » ou encore « Ai-je vraiment le niveau ? ». J’ai tout remis en question. Et je repensais à mes discussions avec mes copines musulmanes qui faisaient du foot aussi. On se disait tout le temps « Dès qu’on met fin à notre carrière, on porte le hijab ». Là, je me suis dit : « Pourquoi attendre en fait ? ». En réalité, on ne sait pas quand on va mourir. Du coup, je me suis dit : « Porte le hijab dès maintenant, tu verras, tu auras un meilleur comportement ». Le hijab, ce n’est pas qu’un foulard, c’est toute une attitude. En portant le hijab, j’essaie d’être une meilleure personne, il y a des comportements que je ne peux plus avoir. Sans vraiment le vouloir, je représente quand même une communauté. Quand je suis en Angleterre, je suis l’image de l’islam dans mon équipe en réalité. Avec Kenza (Dali). Et pour mes partenaires, je suis l’islam approfondi parce que je porte le hijab. Et moi, je leur dis bien : « Ne me prenez pas pour exemple, ce n’est pas parce que Kenza ne porte pas le hijab et que je le porte, que je suis une meilleur personne ». Ce choix m’a aidé à grandir en tant que personne. Et dès lors où je l’ai porté, ça m’a aidé dans le foot. Je n’étais plus triste, j’ai arrêté de me remettre en question constamment, je me suis dit : « J’ai ce niveau, je suis performante, le coach ne veut pas me faire jouer, ce n’est pas grave ! Je vais continuer à bosser ». J’ai bossé, bossé, bossé, en espérant que ça paie un jour. Avant de porter le hijab, je priais déjà. C’est surtout mon comportement qui a changé. Je n’étais plus triste, je me plaignais moins, j’avais arrêté de mal parler, je faisais toujours mon maximum pour aider les autres. J’étais bien au final. J’étais même mieux dans ma tête et dans mon corps. Je me sentais bien. Et même quand je marchais dans la rue, je marchais avec beaucoup plus d’assurance. Je sentais des regards sur moi, mais ce n’était pas des regards choqués ou effrayés. Ensuite, il faut savoir que j’ai mon style à moi, même si je porte le hijab. Je sentais de l’admiration limite dans le regard des gens. J’étais tout simplement mieux. Et j’ai fait ce choix lorsque j’étais dans une période de doute. Il faut savoir que je n’ai pas pris cette décision sur un coup de tête. J’ai réfléchi de novembre à janvier avant de passer à l’action. Le 17 janvier 2021, je me suis dit : « C’est bon, je suis prête ». Et là, je vais chez Kenza, qui n’habite pas très loin de chez moi avec le hijab. Elle me dit : « Qu’est-ce qu’il t’arrive ? Tu as oublié de prier avant de venir ? ». Je lui réponds : « Non, je suis une fille voilée maintenant ». On a explosé de rires d’un coup. Au bout d’un moment, elle me regarde et elle voit que je ne rigole plus. Et elle me sort : « Ah mais t’es sérieuse ? ». Et je lui dis : « Bah ouais ». Et voilà. Elle était contente pour moi. Inconsciemment, ça l’a fait réfléchir aussi comme elle est musulmane. Elle lit beaucoup de livres et essaie d’en apprendre toujours plus sur sa religion. Ensemble, on se tire vers le haut, on essaie d’être de meilleures personnes. Ce choix m’a aidée, car j’étais encore plus performante sur le terrain. Dès que le coach m’a mis, j’ai commencé à être dans l’équipe-type du week-end ou être élue joueuse du match. Kenza a aussi été encore plus performante. Je ne retiens que du positif de ce choix.

Porter le hijab a eu un réel impact sur ta personnalité donc ?

Franchement, ouais. Ce choix a eu un impact sur ma personne. J’en suis sûr à 100%. Désormais, je vois les choses différemment. Plus rien ne peut m’atteindre. En fait, je ne suis plus triste pour rien. Je ne suis plus triste pour du foot. Par contre, ça m’a encore plus motivé. J’étais à deux doigts d’arrêter le foot, maintenant, je n’ai qu’une envie : me battre encore plus pour aller plus haut. Certains pensaient que ça allait causer l’effet inverse sur moi. Ils étaient persuadés que j’allais dire : « Maintenant que je porte le hijab, je ne veux plus jouer au foot ». Pas du tout ! Ça m’a encore plus boostée et motivée dans tout ce que j’entreprends. J’oubliais un truc aussi ! Avant, j’aimais bien me montrer, me mettre en valeur, j’aimais être flattée et recevoir des compliments. Du coup, j’aimais bien me coiffer comme il fallait. Depuis que je porte le hijab, je me coiffe simplement avec des petites tresses, sans me prendre la tête. Et malgré ça, j’ai reçu plein de compliments des filles de mon équipe me disant : « Oh mais ça te va trop bien ». Dans ma tête, je me suis dit : « C’est incroyable, j’ai fait les choses bien pour ma religion en me cachant et en arrêtant de me montrer et au final, les gens sont encore plus contents pour moi ». C’est plaisant et incroyable. Et à partir de là, j’ai enchaîné les matchs. Le plan de Dieu est juste parfait. Je me suis dit : « Si je n’avais pas décidé de porter le hijab, j’aurais continué à me morfondre et j’aurais arrêté le foot ». Tout ça, juste parce que le coach ne me faisait pas confiance. Ça aurait été bête quand même.

Penses-tu que ce choix peut avoir un impact sur ta carrière ?

Oui, forcément. À un moment, je me suis posée la question. Je me suis dit : « Ça n’a aucun sens en fait ! Pourquoi porter le hijab, ensuite l’enlever pour jouer au foot ? ». Mais d’un autre côté, je me dis que c’était déjà mon métier avant que je ne le porte. Ce n’est pas comme si c’était l’inverse, du style, je porte le hijab, j’ai les opportunités pour devenir footballeuse, du coup, je le retire. Là, ça aurait été bizarre. Moi, j’étais déjà footballeuse et j’ai décidé de le porter en plein milieu de ma carrière. D’ailleurs, plein de gens sont déjà venus parler dans mes oreilles. Mais ces gens-là ne sont pas moi et ne sont pas à ma place. Ils ne savent pas ce que j’ai dans le coeur et dans la tête.

Ces gens te disent quoi ?

Ils me disent : « Ton choix n’a pas de sens » (Elle coupe). Tu sais ce qui m’a étonnée ? Je ne vais pas te donner de noms, car je ne suis pas là pour ça. Mais celles qui ont remis en cause mon choix, ce sont des musulmanes d’origines maghrébines qui jouent aussi au foot. Elles m’ont sorti des phrases du style : « Ah mais tu vas faire comment pour l’équipe de France ? ». Elles ont directement pensé à ce genre de choses. Moi dans ma tête, je me disais : « Normalement, vous êtes censées me comprendre ». Et pour moi, il n’y a pas de ça. Je ne dois pas faire de choix entre ma profession et ma religion. Si je peux allier les deux, tant mieux. Par contre, si je dois faire un choix, je vais choisir la religion. Pour le moment, je peux faire les deux, donc c’est bien. Je me dis que c’est bien de porter le hijab 22 heures sur 24 plutôt que jamais. Et celles qui viennent parler dans mes oreilles, je ne les calcule pas, je m’en fous. Ces filles ne sont pas à ma place et ne savent pas ce que je fais. Tant que moi, je sais que je me respecte, que je respecte ma religion et que je fais de mon mieux, c’est l’essentiel.

Tu évolues actuellement en Angleterre. Ce choix n’aurait-il pas été plus difficile à faire si tu avais été dans un club français ?

Franchement, je ne sais pas. Actuellement, je me trouve en France et je n’ai jamais reçu de critiques. Donc, honnêtement, je ne sais pas. Et si on parle de mon dernier club en France, Soyaux, j’aurais très bien pu le porter tout en jouant dans cette équipe parce que le coach est très ouvert d’esprit. Par exemple, il m’avait laissé jeûner. Je me souviens, le ramadan avait eu lieu après la fin du championnat. Mais nous, on avait continué à s’entraîner et faire des matchs amicaux pendant le mois. Et il m’avait laissé jeûner sans souci. Il avait adapté un peu mon programme. Avec ce coach, tout se serait bien passé. Après, je ne vais pas mentir, la vie en Angleterre est beaucoup plus simple. Tu peux exercer ta profession librement avec le hijab si tu es musulmane, les Indiens ont le droit de porter le turban, les hommes travaillent avec leur longue barbe, il n’y a vraiment pas de souci. Personnellement, je ne sais pas si être en France aurait été un frein pour moi. Par où je suis passé, je n’arrive pas à voir ce qui aurait pu me freiner.

Certaines de tes coéquipières t’ont dit que ce choix pourrait te mettre en difficulté par rapport à l’équipe de France. Pourquoi ?

Je ne sais pas pourquoi elles ont dit ça. Je ne sais pas ce qu’elles pensent par rapport à ça, je ne sais pas.

La joueuse de rugby, Assa Koïta, estime avoir été écartée de l’équipe de France en raison de son voile…

J’ai lu son interview. Mais c’est encore différent. Moi, par exemple, j’accepte de retirer le hijab pour jouer. Était-elle dans le même cas ? Je ne sais pas. Voulait-elle le porter jusqu’au bout ? Je ne sais pas. Mais dans tous les cas, c’est tout à son honneur. Chacun son histoire. Moi, j’accepte de le porter 22h sur 24. Tu sais, on m’a dit : « Tu pourrais jouer avec le hijab en Angleterre ». Mais je n’ai pas envie de les contraindre. Je sais que je pourrais jouer avec parce qu’ils n’ont pas le droit de refuser. Mais ça se trouve, au fond d’eux, ça les embêterait. Et peut être qu’en leur imposant ça, ça me mettra en difficulté. Ils vont commencer à se dire : « Elle le met sans notre accord, donc on va la laisser de côté ». Pour moi, c’est donnant-donnant. Ils me laissent faire ma vie et ce que je veux. Surtout qu’en collectivité, j’ai le droit de le porter. Par exemple, j’ai toujours de la nourriture halal à disposition, je peux jeûner, je peux prier, je peux tout faire. Par contre, je retire mon hijab quand je suis sur le terrain. Enfin, uniquement lors des matchs, car quand je suis avec mon équipe, ce n’est pas un problème. Par contre, je n’ai pas envie d’être la première à faire un truc, la première à imposer quelque chose, je n’ai pas envie de ça. Est-ce que ça va être un frein ? Je ne sais pas parce que je le retire pendant les matchs.

Le regard des gens a changé ?

Non. Après, je le porte d’une façon qui passe. Je garde mon style à moi, tout en discrétion, ça ne choque personne. Pour te dire, de nombreuses personnes m’ont dit : « J’ai l’impression de t’avoir toujours vu comme ça ». Parce que j’ai toujours eu l’habitude de porter des chapeaux, des casquettes ou des bonnets. Ajouter un foulard tout autour de ma tête ne change pas grand chose. Après, je ne m’habille plus pareil, j’essaie de mettre des habits plus larges avec de gros pulls, ou de grosses chemises, mais j’ai toujours mon style à moi, ça ne change rien par rapport à avant, donc le regard ne change pas.

Sur tes réseaux sociaux, tu caches ta tête sur tes photos de matchs désormais…

Oui, parce que je ne porte pas le hijab sur le terrain. Et je n’ai pas envie de lancer une mode. Je n’ai pas envie que des personnes me suivent dans ce que je fais parce que peut-être que ce que je fais n’est pas la bonne chose à faire. Je n’ai pas envie de lancer une mode et dire : « Je suis la première à faire ça ». Derrière, les gens voient que ça passe, me suivent dans quelque chose qui est peut-être à éviter. Je ne sais pas. Donc je préfère couper ma tête lorsque je poste une photo de foot. Par contre, sur mes réseaux, je ne me cache pas, je ne cache pas que je porte le hijab, je mets toujours des photos de moi, j’essaie d’être active sur mes réseaux car c’est important. C’est une part de notre métier et je me répète, je n’ai pas envie de lancer une mode. Je sais que je suis la première footballeuse à porter le hijab 22h/24h (sourire). Ça fait bizarre de dire ça. Mais je n’ai pas envie que ça devienne une mode et que les gens pensent que c’est normal de faire ça, que c’est une innovation, ce n’est vraiment pas mon but.

Comment tes parents ont accueilli ce choix ?

Déjà, je n’ai pas parlé de ce choix avec eux en amont, je n’ai rien annoncé. Et un jour, j’ai envoyé une photo à ma mère. Elle m’a répondu : « Ah tu es trop belle », mais elle n’a pas remarqué que je portais le hijab. Du coup, je lui ai envoyé une autre photo. Et là, elle m’a dit : « Mais Hawa, tu portes le hijab ou quoi ? ». Je lui ai répondu : « Oui ». Et là, elle m’a dit que c’était bien, elle était contente. Mes parents n’ont jamais rien imposé à leurs enfants, sauf les cours d’arabe. Mais quand j’ai décidé d’arrêter, j’ai arrêté. Elle ne m’a pas forcé à y retourner. J’ai décidé toute seule d’y retourner. Mes parents étaient contents. Chez moi, on ne porte pas toutes le voile. J’ai une grande soeur qui ne le porte pas et j’ai deux petites soeurs qui l’ont porté avant moi par exemple. Maintenant, ma mère attend que je me marie (sourire). Mais j’ai envie de lui dire : « Madame, ce n’est pas au programme ». Elle pense que je ne suis pas mariée à cause du foot alors que pas du tout. Je peux très bien me marier si je veux, même si c’est compliqué. Je ne trouve pas la personne qui me correspond. Je suis compliquée.

Style jeu

Hawa CissokoCredit Photo - Icon Sport

Comment définirais-tu ton style de jeu ?

Je suis une joueuse agressive, athlétique et puissante. La technique, ce n’est pas mon truc. Mais je ne suis pas « pas technique ». Je ne tente pas des choses incroyables. Par contre, je suis capable de te mettre une bonne passe pour casser les lignes. Je peux contribuer et je peux très bien défendre aussi. Je kiffe défendre ! C’est pour ça que je joue derrière. Certains coachs ont essayé de me placer plus haut sur le terrain, en 6 ou en 10, parce que techniquement, j’étais à l’aise, j’ai une bonne vision de jeu. Mais j’aime trop défendre et j’aime rentrer dans les adversaires. Je ne vais pas te dire que je suis une joueuse complète, mais je sais un peu tout faire. Je suis une joueuse athlétique et dure lors des contacts.

Qu’aimerais-tu améliorer ?

Je dois être meilleure dans mes choix de jeu. Par exemple, après avoir récupéré le ballon lors d’un gros duel, je vais faire une passe pour aller rapidement vers l’avant. Et parfois, ma coéquipière ne s’attend pas à recevoir le ballon, pire même, elle ne le veut pas. Mais pour moi, comme c’est la bonne passe à faire, je force le truc. Et là, on va perdre le ballon à cause de ça alors qu’on a eu du mal à le récupérer. Je dois mieux analyser la situation, jouer simple avec ma coéquipière ou la gardienne. Voilà ce que je dois améliorer.

Petite, qui étaient tes exemples ?

J’aimais trop Puyol !En tant que personne et en tant que joueur, j’aimais beaucoup Puyol. Chez les filles, j’appréciais énormément Sabrina Delannoy au poste de centrale. Elle était simple et efficace. En plus de ça, elle défendait bien. Au poste de latérale, j’aimais Sonia Bompastor. Elle courait beaucoup, elle avait toujours cette envie. Par contre, actuellement chez les garçons, je n’ai pas d’exemple. Je m’inspire de tout le monde, même des attaquants parce que j’aime bien me projeter. Donc j’observe tout le temps les déplacements des attaquants pour mieux comprendre le jeu. Si tu me fais jouer numéro 9, je vais savoir comment faire même si ce n’est pas mon poste. Je me dis que si j’ai envie d’être une bonne joueuse, je dois savoir m’adapter à tout. Donc je regarde tout et je m’inspire de tout le monde.

Conclusion

Hawa CissokoCredit Photo - Julien Moreau

As-tu des rêves ?

Je rêve de participer aux Jeux Olympiques, c’est mon seul vrai rêve. C’est bizarre, je suis joueuse de foot, je devrais rêver de jouer la Coupe du Monde mais non, moi, c’est les JO. Petite, je voulais être athlète et tous les athlètes rêvent des JO. Si je termine ma carrière sans avoir participé aux JO, ce sera un échec pour moi. Je veux les faire et je vais tout faire pour.

Et en dehors du foot ?

En dehors du foot, je n’en ai pas vraiment. Moi, je suis une vagabonde (sourire). Je vis au jour le jour. J’ai envie de faire trop de trucs en même temps. Mais si je devais en choisir un truc, ce serait d’ouvrir un centre d’aide. C’est quelque chose qui m’a toujours tenu à cœur puisque j’ai un petit frère trisomique. Ouvrir un centre sportif pour personnes handicapés, ce serait le rêve ! Un lieu permettant aux handicapés de faire du sport et de s’épanouir. À l’époque, mon petit frère voulait faire du foot. Je sais comme le foot est un monde cruel, j’ai déjà tout vu. Les gens ne sont pas vraiment bienveillants, ils critiquent énormément, ils sont assez durs par moments. Et ça m’avait touché qu’il veuille faire du foot. Comme je sais comment ça se passe au foot, je lui ai dit : « C’est mort, tu ne feras pas de foot ». De ce fait, j’ai toujours voulu ouvrir un centre sportif pour personnes handicapées. Le but, ce n’est pas qu’ils restent entre personnes handicapées, c’est d’introduire également des personnes valides comme nous. Ça permettrait de montrer à tout le monde que les personnes handicapées peuvent faire du sport comme n’importe qui. Si j’arrive à faire ça, ce sera un truc de fou.

Es-tu toujours aussi proche de ce petit frère ?

Oui. Il s’est récemment perdu d’ailleurs. Pour info, c’est le fils de la deuxième femme de mon père. Lors d’un entretien, on lui a dit qu’Adama avait 14 ans et qu’il pouvait être autonome. Ils ont donc dit à mon frère : « Tu vas commencer par aller à l’école seul ». Mais lui n’a jamais été seul à l’école, il a toujours pris les taxis mis à disposition par la mairie de Paris. Quand mon frère a appris la nouvelle, il s’est énervé, on ne sait pas pourquoi. Et il a monté tout un plan dans sa tête. Il a fait semblant de s’en foutre pour que personne ne lui prête attention. Il a ensuite été dormir et lendemain matin, il a claqué la porte à 6h30. Il a enfilé son survêtement rouge, mis une casquette et pris son sac à dos et il est parti de la maison. D’ailleurs, on n’avait pas vu comme il était habillé, c’est le soir qu’on a vu. C’est ma petite soeur née en 2011 qui a tout vu. Mais la pauvre, elle ne pouvait rien faire, il est plus costaud qu’elle. Elle n’a pas pu l’empêcher de sortir. Quand elle a réveillé ma belle-mère pour lui dire qu’Adama était parti, elle n’y croyait pas, elle dormait à moitié. Ma belle-mère lui disait : « Mais non, il est dans la salle de bain ». Ma petite soeur a insisté. Et là, elle a compris qu’il était vraiment parti. Et de 6h du matin jusqu’à 23h30, Adama était dehors, sans avoir mangé, ni bu. Il a fait sa petite vie, il a pris la ligne 9 puis la ligne 5, il a été retrouvé à Aulnay ! On a vraiment eu peur surtout qu’il n’avait pas de téléphone. Il s’est chauffé pour aller à l’école tout seul sauf qu’il ne connaissait pas la route. En plus, il a fraudé (rires) ! Il a fait le tour de Paris sans ticket. On était très inquiets. On a fait le tour des hôpitaux, des commissariats, sans succès. Vers 21h30 on a partagé une alerte sur les réseaux. Au départ, on ne pensait pas que les réseaux allaient nous aider à le retrouver. Finalement, une femme de la RATP l’a retrouvé grâce au signalement. Il sortait tranquillement d’un bus à Aunlay. Les gens ont vu que c’était le garçon de l’affiche postée sur les réseaux. Ils l’ont ensuite amené au commissariat et ont appelé ma soeur. On est allés le chercher, on l’a retrouvé tout content. On lui disait : « Pourquoi as-tu fais ça ? ». Il nous ignorait et était tout fier de lui. Et oui, je suis proche de lui, dès que je peux, on fait des activités ensemble. On va au cinéma ou au zoo. J’essaie de partager des moments avec lui, car ma petite soeur est trop jeune pour lui. Et avec les gens de son école, il fait le mec qui n’a pas le temps (rires). Il aime bien sa petite vie.

As-tu pensé à l’après-foot ?

J’ai discuté avec une femme qui travaille à la FFF au service des reconversions. J’ai demandé s’il était possible de passer une formation d’éducatrice spécialisée dans un premier temps. Si je veux ouvrir ma structure, il faut avoir les connaissances nécessaires. Après, j’aimerais effectuer des stages dans des foyers pour jeunes.Une fois que j’aurai acquis l’expérience nécessaire, je chercherai à mes spécialiser pour travailler avec les personnes handicapées. Voilà ce que je compte faire.

Si tu étais journaliste, quelle question poserais-tu à Hawa Cissoko ?

Je ne sais pas. Je ne lui poserais pas de question car Hawa parle trop, elle débite beaucoup. Je dirais à Hawa : « Fais-toi plaisir et parle ». Hawa se perd dans ce qu’elle dit, elle va dans tous les sens puis revient, un peu comme le périph parisien (rires). Tu as plein de sorties, mais tu peux toujours rattraper la route (rires).

Si tu pouvais avoir un super pouvoir, tu choisirais lequel ?

Remonter le temps. J’aimerais retourner dans le passé. Je ne regrette rien de mon passé, mais j’ai fait des trucs que je n’aurais jamais dû faire. Je ne regrette pas parce que ça fait de moi la personne que je suis aujourd’hui. Mais pour les personnes touchées et ce qu’elles ont subi par ma faute, je m’en veux. Je n’aurais pas fait certaines choses ou au moins, je me serais excusée. J’ai blessé certaines personnes comme des profs. À l’époque, je ne me rendais pas compte que c’était aussi des humains, du coup, j’aimerais retourner dans le passé pour me faire pardonner. Si on me demandait : « Quel est ton regret dans la vie ? ». Je répondrais : « Ne pas avoir pu m’excuser auprès de toutes les personnes que j’ai pu blesser ». J’ai fait des choses que je n’aurais jamais dû faire. Mais pour moi, ça a été bien de les faire, ça m’a permis d’apprendre. Par contre, pour les personnes en question, ce n’est vraiment pas bien. Une fois, j’ai essayé d’entrer en contact avec une personne que j’ai blessée et cette personne m’a lâché un « lu ». Ça m’a piqué (sourire). Franchement, ça me rend ouf de ne pas pouvoir m’excuser. J’ai une prof en tête qui s’appelle Madame Trouti, je l’avais insultée à l’époque. Une insulte à ne pas dire. Et je regrette encore aujourd’hui. J’ai encore en tête sa réaction. Elle avait été choquée. J’ai oublié que c’était une femme, mais aussi une maman. J’ai vraiment été trop loin. J’aimerais la revoir, lui montrer ce que je suis devenue et m’excuser sincèrement. Je pense qu’elle serait fière. J’ai plein de personnes comme ça en tête.

Si tu devais termine l’interview par une phrase qui te représente, ce serait quoi ?

(Elle se met à chanter) « Hawa de la street, Hawa du ghetto, yah yah ! ». C’est mon hymne national ça. Parfois, des gens me reconnaissent dans la rue et me disent ça. En fait, tous les matins sur snap, quand je me réveille, je commence la journée en chantant : « Hawa de la street, Hawa du ghetto, yah yah ! ». Ce truc vient d’une journée avec une ancienne coéquipière du PSG, Aminata Diallo. Et ce jour-là, son petit frère et sa petite soeur chantaient : « Amis de la street, Amis du ghetto, yah yah ! ». On a légèrement remixé la phrase et depuis, les gens pensent que c’est ma marque de fabrique. Alors que pas du tout, j’ai juste volé le truc aux petits (rires).

Si tu devais te noter pour cette interview, tu te mettrais combien ?

45 sur 10 (rires). J’ai lâché plein d’anecdotes, j’ai été sincère aussi. Je pense avoir dit des choses intéressantes quand même. Même si je parle un peu trop…

Pour résumer

Passée par le PSG, l’OM et Soyaux, Hawa Cissoko (24 ans) a pris la direction de West Ham en 2019. Alors qu’elle traversait une période délicate chez les Hammers, la défenseure de 24 ans a effectué un choix de vie en janvier 2021 : celui de porter le voile. Ne souhaitant pas imposer cette décision à ses coéquipières et ses adversaires, la native de Paris retire son hijab sur le terrain. Pour Onze Mondial, la première footballeuse professionnelle à se retrouver dans cette situation explique son choix et raconte son quotidien.

RédacteurRafik Youcef